Kundalini Yoga : prendre sa place et nourrir son feu intérieur
Être au bon endroit, au bon moment, dans le mouvement vivant de notre existence
Nous venons au monde quelque part.
Dans un lieu précis, à un moment précis, au sein d’une famille, d’une histoire, d’une culture et d’un environnement qui vont participer à façonner notre regard sur nous-mêmes et sur le monde.
Dans certaines traditions spirituelles, le moment de la naissance est également considéré comme une empreinte symbolique particulière : une carte intime, une configuration céleste qui raconte une manière singulière d’entrer dans l’existence.
Que l'on adhère ou non à cette lecture astrologique, elle porte une idée essentielle : nous ne sommes pas des êtres hors-sol.
Nous arrivons dans une histoire.
Nous recevons des héritages, des croyances, des valeurs, des loyautés, des interdits, des habitudes et des représentations de ce que signifie « réussir sa vie », « être quelqu'un de bien », « avoir sa place».
Puis, au fil des années, nous pouvons finir par confondre ce que nous sommes réellement avec ce que nous avons appris à être.
C'est ici que le chemin du Kundalini Yoga, yoga de la conscience, peut devenir particulièrement précieux.
Revenir de l'extérieur vers l'intérieur
Nous vivons dans une société qui nous sollicite constamment.
Il faut avancer, réussir, produire, correspondre, être performant, paraître, posséder, se comparer, répondre aux attentes.
La famille aussi peut transmettre ses propres modèles : ce qui est acceptable, ce qui ne l'est pas, ce qu'il faut devenir, ce qu'il vaut mieux éviter.
Ces influences ne sont pas nécessairement mauvaises. Elles constituent une partie de notre histoire.
Mais elles peuvent parfois nous éloigner progressivement de notre intériorité.
Le yoga nous propose un mouvement inverse.
Revenir vers soi.
Non pas pour rejeter le monde, mais pour retrouver en soi un espace suffisamment conscient pour discerner ce qui nous appartient véritablement de ce qui a été déposé en nous par notre histoire.
Sur le tapis, nous revenons au corps.
Au souffle.
Aux sensations.
À la présence.
Et cette simplicité est déjà une forme de liberté.
Le corps comme territoire de conscience
Le corps ne ment pas sur notre expérience du moment.
Il manifeste nos tensions, nos retenues, notre fatigue, nos élans, nos résistances.
Dans la pratique du Kundalini Yoga, les postures, les mouvements, les respirations, les méditations et les temps de relaxation deviennent autant d'occasions de développer une écoute plus fine.
Nous apprenons à observer sans immédiatement vouloir modifier.
Cette écoute permet progressivement de sortir d'une relation au corps fondée uniquement sur l'apparence ou la performance.
Le corps redevient un territoire vivant, un lieu de rencontre avec soi.
Il n'y a pas de corps idéal pour pratiquer le yoga.
Il n'y a pas de taille idéale, de souplesse idéale, d'âge idéal.
Il n'existe pas de modèle gagnant.
Chaque corps possède son histoire, sa morphologie, ses ressources, ses limites et son rythme.
Le yoga ne demande pas de ressembler à quelqu'un.
Il nous invite à habiter pleinement le corps qui est le nôtre.
Prendre sa place : ni trop, ni trop peu
Prendre sa place ne signifie pas prendre toute la place.
C'est trouver une position juste dans laquelle nous pouvons exister sans nous diminuer et sans avoir besoin de nous imposer.
Cette juste place n'est pas forcément une position définitive.
Elle évolue avec les saisons de notre vie.
Ce qui était juste hier peut ne plus l'être aujourd'hui.
Une relation, un métier, un environnement, une manière de vivre peuvent avoir été profondément adaptés à une période de notre existence et devenir progressivement trop étroits pour la personne que nous sommes devenue.
Le mouvement de la vie nous invite alors à nous ajuster.
C'est ici que la notion de synchronicité peut prendre tout son sens.
Il existe des moments où quelque chose s'aligne : une rencontre, une décision, une ouverture, un changement intérieur qui permet soudain à une nouvelle réalité d'apparaître.
La synchronicité peut être vécue comme cette sensation subtile d'être au bon endroit au bon moment, lorsque notre mouvement intérieur entre en résonance avec ce qui se présente à l'extérieur.
Elle n'est pas nécessairement spectaculaire.
Le yoga comme chemin de désidentification
Le Kundalini Yoga ne nous demande pas de nous conformer à une nouvelle identité.
Il nous invite au contraire à observer les identifications qui nous enferment.
Je suis ceci.
Je dois être cela.
Je ne peux pas.
Je ne suis pas capable.
Je dois faire plaisir.
Je dois réussir.
Je dois être fort·e.
Je dois correspondre.
Peu à peu, la pratique crée un espace entre ce que nous sommes et ce que nous croyons devoir être.
Cet espace est précieux.
Il permet de voir les conditionnements familiaux, sociaux et culturels avec davantage de conscience.
Il permet aussi de reconnaître que nous pouvons choisir ce que nous voulons continuer à nourrir.
Tout ce qui nous a été transmis n'a pas vocation à être rejeté.
Certaines choses sont à honorer.
Certaines sont à transformer.
Certaines sont simplement à laisser derrière soi.
Le chemin vers soi n'est donc pas une rupture avec son histoire.
C'est une manière plus consciente de prendre sa place dans son histoire.
Nourrir son feu intérieur
Au cœur de cette démarche se trouve quelque chose de très simple : la vitalité.
Le yoga cherche à remettre l'énergie en mouvement.
Le souffle, le mouvement, les postures, les mantras, la méditation et la relaxation participent à cette exploration de notre énergie et de notre conscience.
Nourrir son feu intérieur ne signifie pas être constamment dans l'action.
Le feu a besoin d'oxygène, mais il a aussi besoin de repos pour ne pas s'épuiser.
Nourrir sa vitalité, c'est apprendre à reconnaître ce qui nous donne de l'énergie et ce qui nous en éloigne.
C'est retrouver ce qui nous rend vivant·e.
Lorsque nous revenons régulièrement à notre intériorité, nous pouvons commencer à sentir ce qui nourrit véritablement notre feu et ce qui l'étouffe.
Être vivant plutôt que simplement fonctionner
Il existe une différence profonde entre fonctionner et être vivant.
Fonctionner consiste souvent à répondre aux obligations, aux habitudes et aux attentes.
Être vivant implique une capacité à ressentir, à évoluer, à créer, à s'adapter et parfois à changer de direction.
Le Kundalini Yoga nous invite précisément à retrouver cette dimension vivante.
Chaque séance devient une rencontre avec le moment présent.
Le corps d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier.
Le souffle d'aujourd'hui n'est pas celui de demain.
Notre énergie évolue.
Notre conscience évolue.
Notre vie évolue.
Nous sommes en déploiement permanent.
La juste place n'est pas à trouver, elle est à habiter
Peut-être que notre juste place n'est finalement pas quelque chose que nous devons découvrir une fois pour toutes.
Elle est une présence à soi.
Elle se construit dans l'écoute.
Elle se réajuste au fil des expériences.
Elle se reconnaît lorsque nous sommes suffisamment proches de nous-mêmes pour sentir ce qui est juste.
Le Kundalini Yoga nous accompagne dans cette reconquête intérieure.
Il nous ramène au corps lorsque le mental nous emporte.
Au souffle lorsque nous nous contractons.
À la présence lorsque nous nous perdons.
À la conscience lorsque nous fonctionnons automatiquement.
Et au feu intérieur lorsque nous avons oublié ce qui nous rend profondément vivant·e.
Prendre sa place, c'est peut-être avant tout cesser de vivre à côté de soi.
Et de continuer à nourrir, jour après jour, le feu vivant qui nous habite.
Les Chroniques vivantes d'Anandita
Le Kundalini Yoga, yoga de la conscience, nous invite à revenir à cette évidence : nous sommes des êtres en mouvement, en transformation et en déploiement.
Notre chemin n'est pas celui d'un modèle à atteindre.
Il est celui d'une rencontre toujours renouvelée avec soi.
Être à sa place, c'est être suffisamment proche de soi pour reconnaître l'endroit, le moment et le mouvement qui permettent à notre vie de continuer à s'accomplir.
Et peut-être que le véritable accomplissement n'est pas de devenir davantage que ce que nous sommes.
Mais de devenir, peu à peu, davantage nous-mêmes.
