Anatomie fonctionnelle et anatomie yogique : comprendre le corps avec le Kundalini Yoga
Notre corps est un territoire que nous habitons chaque jour… et pourtant, le connaissons-nous vraiment ?
Lorsque nous pratiquons le yoga, nous mobilisons nos muscles, nos articulations, notre respiration, notre système nerveux. Nous travaillons avec la matière concrète du corps. Mais l'expérience d'une posture, d'une respiration ou d'une méditation ne se résume pas toujours à ce que l'on peut observer extérieurement.
C'est là que deux approches peuvent se rencontrer : l'anatomie fonctionnelle et l'anatomie yogique.
L'une nous renseigne sur le corps tel que la science occidentale l'étudie. L'autre nous propose une cartographie traditionnelle de l'expérience intérieure.
Elles ne parlent pas exactement le même langage. Et c'est justement ce qui les rend intéressantes lorsqu'on les aborde avec discernement.
L'anatomie fonctionnelle : comprendre le corps qui bouge
L'anatomie fonctionnelle s'intéresse au corps en mouvement.
Elle ne regarde pas seulement où se trouvent les muscles, les os, les articulations ou les organes. Elle cherche à comprendre comment ils travaillent ensemble pour permettre un mouvement, maintenir une posture, assurer l'équilibre ou adapter le corps à son environnement.
Lorsque nous réalisons une posture de yoga, plusieurs systèmes participent simultanément à l'expérience :
- le système musculosquelettique ;
- les articulations ;
- les fascias et les tissus conjonctifs ;
- la respiration ;
- le système nerveux ;
- la proprioception, c'est-à-dire notre perception de la position et du mouvement du corps ;
- l'équilibre et les ajustements posturaux.
Comprendre ces mécanismes permet à l'enseignant de proposer une pratique plus consciente et plus respectueuse du corps.
Le yoga n'est pas seulement une forme que l'on reproduit. C'est une expérience du corps en mouvement.
L'anatomie classique : la carte du corps visible
L'anatomie occidentale nous a donné une connaissance extraordinairement précise du corps humain.
Parmi les grands ouvrages historiques de l'anatomie, on peut citer les travaux anatomiques et embryologiques de Jules Cloquet.
Ces connaissances permettent de comprendre le corps dans sa dimension matérielle : sa structure, ses organes, ses muscles, ses nerfs, ses vaisseaux, ses articulations…
C'est une première carte.
Mais une carte n'est jamais le territoire.
Et lorsque nous fermons les yeux sur notre tapis, quelque chose d'autre commence à être perceptible.
L'anatomie yogique : une autre cartographie du corps
Depuis des siècles, les traditions du yoga ont développé leurs propres représentations du corps.
Cette anatomie yogique ne correspond pas à l'anatomie médicale telle qu'elle est étudiée aujourd'hui.
Elle constitue plutôt une cartographie symbolique, énergétique et expérientielle permettant de décrire certains phénomènes vécus dans la pratique : circulation de l'énergie, respiration, concentration, sensations intérieures, états de conscience et transformation personnelle.
Dans cette vision apparaissent notamment les nadis, les chakras, le prana, les différents vayus et les notions d'Ida, Pingala et Sushumna.
Ces termes appartiennent au langage traditionnel du yoga.
Ils ne désignent pas, au sens scientifique moderne, des organes ou des structures anatomiques que l'on pourrait retrouver lors d'une dissection.
Et pourtant, cela ne signifie pas qu'ils soient inutiles.
Ils peuvent devenir des outils de compréhension et d'exploration de notre expérience intérieure.
Les méridiens : une autre lecture énergétique
Dans la tradition de la médecine chinoise, le corps est également décrit à travers une circulation énergétique organisée en méridiens.
Là encore, nous sommes face à une cartographie traditionnelle qui ne se superpose pas à l'anatomie occidentale.
Pour le pratiquant, ces cartes peuvent néanmoins devenir des supports pour porter l'attention vers certaines zones du corps, observer ses sensations et développer une écoute plus fine de soi.
Le rapprochement entre yoga, méridiens et autres traditions énergétiques doit donc être fait avec discernement : ce sont des systèmes de représentation différents, issus de traditions différentes.
Mais ils ont un point commun précieux : ils nous invitent à ne plus considérer le corps comme une simple mécanique.
Du corps physique au corps subtil
C'est peut-être ici que le yoga devient particulièrement passionnant.
Nous pouvons commencer par une posture très concrète. Nous plaçons le corps. Nous respirons.
Nous engageons certains muscles. Nous mobilisons une articulation.
Puis progressivement, notre attention se déplace. Nous percevons notre respiration.Notre rythme cardiaque. Nos tensions. Nos émotions. Notre agitation mentale.
Puis parfois quelque chose de plus subtil : une sensation de circulation, de chaleur, d'expansion, de vibration, de légèreté ou de présence.
Le corps n'a pas changé de nature. C'est notre niveau de perception qui s'est approfondi.
C'est peut-être cela que le yoga nous apprend avant tout : affiner notre écoute.
Le véritable enseignement : passer de « faire » à « ressentir »
Lorsque nous débutons le yoga, nous cherchons souvent à réussir une posture. Puis vient un autre apprentissage.
Nous commençons à nous demander , que se passe-t-il dans mon corps lorsque je fais cette posture ?
que se passe-t-il dans ma respiration ? que se passe-t-il dans mon esprit ?
Petit à petit, la pratique quitte la simple performance. Nous ne cherchons plus seulement à aller plus loin. Nous cherchons à aller plus profondément !!
C'est là que l'anatomie fonctionnelle et l'anatomie yogique peuvent devenir complémentaires.
L'anatomie fonctionnelle nous aide à respecter et comprendre le corps physique.
L'anatomie yogique nous offre un langage pour explorer l'intériorité.
La pratique, elle, nous permet de faire l'expérience.
Le corps comme territoire vivant
Dans mes cours de Kundalini Yoga, j'aime transmettre cette idée : notre corps n'est pas un objet à corriger. Il est un territoire vivant à rencontrer.
Les kriyas, les pranayamas, les méditations, les relaxations ne sont pas simplement une succession d'exercices. Ils deviennent des expériences.
Nous apprenons à écouter,à respirer, à ressentir, à observer, à nous transformer.
Et peut-être qu'au fil des pratiques, quelque chose change dans notre rapport à nous-mêmes.
Nous ne pratiquons plus uniquement pour avoir un corps plus souple ou plus fort.
Nous pratiquons pour être davantage présents à ce qui vit en nous.
Une invitation à poursuivre le chemin
Il n'est pas nécessaire de choisir entre la science et la tradition.
Nous pouvons apprendre l'anatomie du mouvement et explorer l'anatomie subtile.
Nous pouvons comprendre le fonctionnement du système nerveux et travailler avec le prana.
Nous pouvons connaître les muscles et les articulations et méditer sur les chakras.
Nous pouvons rester rigoureux dans notre compréhension scientifique tout en laissant une place à l'expérience intérieure.
C'est peut-être cela, finalement, l'intelligence du yoga : ne pas réduire l'être humain à une seule dimension.
Le corps que nous étudions est le même corps que nous habitons.
Le souffle que nous observons est celui qui nous relie au vivant.
Et chaque kriya, chaque respiration, chaque méditation peut devenir une nouvelle occasion de rencontrer cet espace mystérieux où le corps, le souffle, le mental et la conscience se rencontrent.
Continuer à pratiquer, c'est continuer à se rencontrer.
Les Chroniques du vivant d'ANANDITA
ANANDITA YOGA — Le Kundalini Yoga, le yoga de la conscience, une approche globale du bien-être.
