Yoga ou Pilates ? Cette question qu’on me pose tout le temps… je vous dit tout!
« Mais… c’est quoi la différence entre le yoga et le Pilates ? »
C’est une question que l’on me pose régulièrement lorsque quelqu’un souhaite s’inscrire à mes cours de yoga.
Et je dois vous avouer quelque chose : elle m’agace un peu.
Pas parce qu’elle est absurde. Elle est même parfaitement légitime. Lorsque l’on ne connaît pas ces deux pratiques, il est facile de les confondre : un tapis, des mouvements contrôlés, du renforcement musculaire, de la respiration, de la concentration… De l’extérieur, certaines séances peuvent effectivement sembler assez proches.
Mais ce qui m’agace, c’est ce que cette question révèle parfois : notre tendance à réduire le yoga à ce que l’on voit.
Des postures. De la souplesse. Du renforcement. De l’équilibre. Un corps que l’on étire ou que l’on tonifie.
Or le yoga est tellement plus vaste que cela.
Yoga et Pilates : des ressemblances, mais pas la même intention
Commençons par ce qu’ils ont en commun.
Le yoga comme le Pilates peuvent permettre de mieux connaître son corps, d'améliorer sa mobilité, de renforcer sa musculature, de travailler la posture, la respiration et la concentration.
Il est donc parfaitement compréhensible que l'on puisse les confondre.
Mais ils ne sont pas issus de la même histoire et, surtout, ils ne proposent pas la même approche de l'être humain.
Le Pilates est une méthode corporelle développée au début du XXe siècle par Joseph Pilates. Elle repose notamment sur le contrôle, la précision, la respiration, l'alignement et le renforcement du centre du corps.
Le yoga, lui, est issu d'une tradition beaucoup plus ancienne dans laquelle le travail du corps n'est qu'une partie d'un chemin plus vaste.
Et c'est là que se trouve, à mes yeux, une différence essentielle.
Le yoga ne s'arrête pas au corps
Dans le yoga, le corps est une porte d'entrée.
Les postures — les asanas — permettent d'explorer le corps, mais aussi la respiration, l'attention, les sensations et notre manière d'être présent à ce qui se passe.
On apprend à observer.
À ressentir.
À respirer.
À ralentir.
À accueillir ce qui est là.
Et progressivement, la pratique peut nous amener vers quelque chose de plus intérieur.
C'est là qu'entre la dimension spirituelle du yoga.
Et je tiens à employer ce mot, même s'il peut parfois sembler intimidant.
Spirituel ne veut pas dire religieux
La spiritualité du yoga n'implique pas nécessairement une religion, une croyance ou l'adhésion à un système religieux.
Elle peut simplement désigner cette recherche d'un lien plus profond avec soi-même, avec les autres et avec ce qui nous dépasse.
Le yoga nous invite à nous interroger sur notre façon d'être au monde.
À observer nos pensées plutôt que de nous laisser emporter par chacune d'elles.
À prendre conscience de nos réactions.
À développer davantage de présence.
À chercher un peu plus d'unité entre le corps, le souffle et l'esprit.
Et cette dimension ne vient pas « en supplément » de la pratique physique.
Elle fait partie de l'histoire et de la philosophie du yoga.
Les postures ne sont donc pas uniquement des exercices destinés à rendre le corps plus souple ou plus fort. Elles peuvent devenir un support de concentration, d'introspection et de transformation intérieure.
C'est aussi ce qui distingue profondément le yoga du Pilates
Je préfère évidemment éviter de dire que « le Pilates n'a aucune dimension intérieure », car chaque enseignant peut avoir sa propre manière de transmettre sa pratique et le Pilates peut lui aussi développer une grande conscience corporelle.
Mais historiquement et philosophiquement, le Pilates n'est pas une tradition spirituelle.
Le Pilates est une méthode de mouvement et de conditionnement physique.
Le yoga, lui, est beaucoup plus qu'une méthode corporelle.
C'est une tradition philosophique et spirituelle dans laquelle le corps, le souffle, l'esprit et la conscience peuvent être travaillés ensemble.
Et cette différence me semble fondamentale.
On peut faire une séance de Pilates et en ressortir avec la sensation d'avoir mieux travaillé son corps.
On peut faire une séance de yoga et ressentir exactement la même chose.
Mais on peut aussi ressortir d'une pratique de yoga avec une question.
Une prise de conscience.
Une sensation de calme.
Une autre manière de regarder une situation.
Une meilleure écoute de soi.
Et parfois, sans même que l'on s'en rende compte immédiatement, quelque chose a bougé à l'intérieur.
Le yoga ne consiste donc pas à réussir une posture
C'est peut-être pour cette raison que je suis parfois gênée lorsque le yoga est présenté uniquement comme une activité physique.
On voit sur les réseaux sociaux des postures extraordinaires, des corps extrêmement souples, des équilibres spectaculaires.
On pourrait croire que le but est d'aller toujours plus loin.
Mais le yoga ne consiste pas à collectionner les postures.
Vous pouvez être raide.
Manquer de force.
Ne jamais réussir à toucher vos pieds.
Ne jamais faire le poirier.
Et pourtant pratiquer profondément le yoga.
Parce que la question n'est pas seulement :
« Jusqu'où mon corps peut-il aller ? »
Elle peut aussi devenir :
« Que se passe-t-il en moi lorsque je suis ici ? »
Est-ce que je force ?
Est-ce que je résiste ?
Est-ce que je me compare ?
Est-ce que je veux absolument réussir ?
Est-ce que je peux accepter mes limites ?
Est-ce que je peux simplement être présent à ce qui est ?
Voilà pourquoi une posture apparemment très simple peut parfois être une pratique extrêmement profonde.
Et c'est aussi pour cela que tous les cours de yoga ne se ressemblent pas
Il faut évidemment nuancer.
Il n'existe pas « un » yoga.
Il existe de nombreux courants, styles et façons d'enseigner. Certains cours sont très physiques et dynamiques. D'autres sont davantage centrés sur la respiration, la méditation, la relaxation ou l'intériorité.
Certains enseignants mettent beaucoup l'accent sur la philosophie. D'autres beaucoup moins.
Mais derrière cette diversité, il existe une richesse qui dépasse la simple gymnastique.
Et c'est précisément cette richesse que j'aimerais que l'on n'oublie pas.
Alors, yoga ou Pilates ?
Finalement, je crois que la question pourrait être posée autrement.
Non pas :
« Lequel est le meilleur ? »
Mais :
« Qu'est-ce que je recherche dans ma pratique ? »
Si vous cherchez une méthode corporelle permettant notamment de travailler le renforcement, la stabilité, le contrôle et la précision du mouvement, le Pilates peut parfaitement vous convenir.
Si vous recherchez également une pratique qui vous invite à explorer votre respiration, votre attention, votre intériorité et une dimension spirituelle, alors le yoga ouvre une autre porte.
Et rien ne vous empêche d'aimer les deux.
Alors non, mon cours de yoga n'est pas du Pilates
Voilà peut-être ce que j'essaie finalement de dire lorsque cette fameuse question revient.
Non, mon cours de yoga n'est pas une séance de Pilates déguisée.
Et je ne dis pas cela pour dénigrer le Pilates. Au contraire : chaque pratique a sa richesse, son histoire et sa raison d'être.
Mais j'aimerais simplement que l'on ne réduise pas le yoga à ses manifestations les plus visibles.
Parce que derrière une posture, il y a le souffle.
Derrière le souffle, il y a l'attention.
Derrière l'attention, il peut y avoir l'observation de soi.
Et derrière cette observation peut commencer un chemin beaucoup plus vaste.
Un chemin vers soi.
C'est peut-être cela, finalement, la différence que j'aimerais que l'on ressente lorsque l'on vient pratiquer le yoga.
Pas seulement un corps qui travaille.
Mais un être tout entier qui apprend, peu à peu, à être davantage présent.

